Notre Parrain

 

 

LE CAPITAINE YVES HERVOUËT 1920-1954

Mort pour la France en Indochine

Promotion Croix de Provence (1942)

 

 

 

Yves HERVOUËT est né le 1er octobre 1920 à MARISSEL, près de BEAUVAIS. Il est le fils d’Henri HERVOUËT et de Suzanne LALLIE.

Son père est ingénieur en électricité. Yves est le 6ème d’une famille de huit enfants

Il prépare Saint-Cyr dans la corniche de NANTES puis à la corniche Mangin du lycée Saint- Louis, à PARIS. Il est admis à l’École Spéciale Militaire en septembre 1942. L’École est alors installée à AIX-EN-PROVENCE. Sa promotion porte le nom de « Croix de Provence ».
Avec l’entrée de l’occupant en zone libre le 11 novembre 1942, la Spéciale ferme ses portes le 5 décembre. Yves relate les souvenirs de ses derniers jours à la Spéciale en ces termes : « Les jours passent. Très longs. Beaucoup d’amphis. AIX-EN-PROVENCE n’est occupée que par les Italiens. Ils ne doivent pas toucher à l’École. L’ambiance devient de plus en plus lourde...Le 5 décembre, nous descendons à la gare, colonne par trois, képis bleus en tête....Sur le quai, en ligne sur trois rangs, nous chantons à tue-tête une dernière Marseillaise pour qu’elle résonne de par la ville et sur la France, comme un cri de liberté et de revanche.».

 

 

Yves HERVOUET, à AIX en PROVENCE, novembre 1942

 

En mai 1943, il franchit la frontière espagnole et rejoint l’Afrique du Nord. Il est détaché à CHERCHELL où l’École Militaire Interarmes a pris le relais de la formation des élèves officiers. Il est promu sous-lieutenant. Le 23 août, il est affecté au 6ème Régiment de Chasseurs d’Afrique. En avril 44, il rejoint le 5ème Chasseurs d’Afrique avec lequel il va participer à la campagne de France. Le 18 août 1944, il débarque dans la baie de SAINT-TROPEZ. Il commande un peloton de canons de 57 antichars. Le 14 septembre, il reçoit pour mission de nettoyer le village de BELMONT, dans la trouée de BELFORT. Il pénètre le premier dans le village « entraînant ses hommes derrière lui, malgré une vive résistance de l’ennemi, caché dans

les maisons » Il est blessé au bras gauche au cours de cette action. Il est cité à l’ordre de la Division. Le 25, il participe à la prise d’AUDORNEY ; le 29, il nettoie le village de RECOLOGNE ; le 1er octobre, il contribue à repousser une contre-attaque ennemie. Le 19 novembre, à FROIDEFONTAINE et BREBOTTE, il capture 200 prisonniers. Il est cité à l’ordre de l’Armée comme « un jeune chef de peloton plein de mordant et d’enthousiasme, donnant constamment l’exemple d’une grande bravoure... il n’a cessé au cours de ces combats d’entraîner son peloton avec un tel mépris du danger galvanisant ses hommes par sa magnifique attitude ».

Son chef direct écrit : « ...Il montre au combat les mêmes très belles qualités : bravoure personnelle, sens tactique avisé, qualités d’entraîneur d’hommes. A fait de son peloton de 57 une unité remarquable qui, toujours employé à pied, en accompagnement des chars, a réalisé de magnifiques exploits. »

Il est promu lieutenant en décembre 1944.

À la fin de la guerre, il reste en occupation en Allemagne avec le 5ème Régiment de chasseurs d’Afrique, jusqu’en octobre 45.

Il suit le cours des lieutenants d’instruction à SAUMUR de décembre 1947 à juillet 1948, puis est affecté au 13ème Régiment de dragons à ALENCON. Dès décembre 48, il part pour un premier séjour en Indochine et rejoint le 5ème Régiment de cuirassiers. Il est nommé capitaine le 1er janvier 1950 et prend le commandement du 8ème escadron le 1er mai 1950.

 

 

 

Noël 1953, région de THAI-BINH, le Capitaine HERVOUET est au fond à droite.

 

 

Il est cité à l’ordre de la Division : « Magnifique officier, d’un rayonnement et d’un allant exceptionnel, entraîneur d’hommes de premier ordre, commandant d’un escadron qui a fait

preuve depuis plus d’un an d’une constante activité, a participé à de nombreuses opérations comme commandant d’éléments blindés et de groupements mixtes infanterie-blindés. A montré en maintes occasions des qualités remarquables de maîtrise et de courage, et en particulier le 19 octobre 1950, au cours d’une opération d’ouverture de la RC 1 au NUI-DA-GIONG (Centre- Vietnam) »

A PHAN-THIET, dans le Sud-Annam, le 2 mars 1951, il tombe dans une embuscade tendue par les Viets, mais parvient à se dégager. Il est blessé par balles.

Il quitte l’Indochine le 29 juin, est affecté en Allemagne où il prend le commandement du 3ème escadron du 3ème Régiment de spahis algériens puis, en février 1952, rejoint le Maréchal JUIN, commandant en chef des Forces terrestres alliées Centre Europe, dont il devient l’officier d’ordonnance.

 

 

Le Maréchal JUIN et son aide de camp, 1953

 

Le Maréchal écrit en le notant (novembre 1952) : « Excellent officier qui a fait ses preuves au feu. Très épris de son métier. A le souci de perfectionner sans cesse sa culture générale et professionnelle. D’une éducation parfaite et d’un dévouement absolu... »

 
 
 

À DIEN-BIEN-PHU, reconnaissance de l’infanterie, appuyée par un char de l’escadron

 

Le 9 novembre 1953, sur sa demande, il est désigné pour effectuer un deuxième séjour en Indochine et est affecté au 1er Régiment de chasseurs à cheval. Fin décembre 53, le commandement décide de renforcer le peloton de chars du Régiment d’infanterie chars de marine, le RICM, qui vient d’arriver à DIEN-BIEN-PHU et de créer un escadron ; le Capitaine HERVOUËT est désigné pour en prendre le commandement. Il arrive à DIEN-BIEN-PHU le 9 janvier 1954 et s’engage d’emblée dans l’action. L’escadron comprend 3 pelotons équipés de chars Shaffee M24, soit au total 10 chars : deux pelotons proviennent du 1er Chasseurs et sont commandés par le Lieutenant PREAUD et le Maréchal-des logis Chef GUNTZ ; le troisième est constitué de marsouins du RICM, sous les ordres de l’Adjudant-chef CARETTE. Le peloton PREAUD est d’emblée détaché auprès du Colonel LALANDE, commandant le point d’appui Isabelle.

Au 1er mars, l’escadron comprend 68 hommes, 51 du 1er Chasseurs et 17 du RICM.

Tout au long de la bataille, il sera renforcé de volontaires qui viendront remplacer les blessés et les morts, des combattants d’autres armes, déjà présents à DIEN-BIEN-PHU, qui sont séduits par la cohésion et le dynamisme de l’escadron, mais aussi des cavaliers provenant d’autres régiments et qui sont parachutés en pleine bataille ; ils arrivent en particulier du 1er Régiment de hussards parachutistes, du 8ème Régiment de spahis....

 

 

Le Capitaine HERVOUET avec le Lieutenant PREAUD, l’un de ses chefs de peloton.

 

Le 11 mars, il accompagne dans son char, le CONTI, l’un de ses pelotons engagé en direction du point d’appui (P.A.) Béatrice au profit de la 3ème compagnie de la 13ème Demi-brigade de Légion étrangère (D.B.L.E.) dont un élément s’est fait accrocher par les Viets ; son char est pris

à partie ; il est légèrement blessé à la tête et dans le dos par des éclats.

La première action vietminh de grande envergure débute le 13 mars à 17 heures 15. C’est d’abord un énorme matraquage d’artillerie, immédiatement suivi par une attaque du P.A. Béatrice.

Béatrice tombe le dimanche 14 mars avant l’aube. 20 heures, c’est au tour de Gabrielle.
Pour tenter de dégager les tirailleurs et les légionnaires de la 13ème D.B.L.E piégés dans Gabrielle, une contre-attaque est lancée le 15 mars à 5heures 30, avec le 1er Bataillon étranger de parachutistes (B.E.P.), appuyé par les chars de l’escadron.

Le Capitaine HERVOUËT est dans son char et coordonne l’action des pelotons, en liaison avec les commandants de compagnie du B.E.P. Il est aux ordres directs du Lieutenant-colonel Pierre LANGLAIS, commandant le G.A.P. : les liens entre ces deux bretons deviennent vite très forts et très cordiaux. A la radio, les échanges sont directs : « Yvon, ici le Gars Pierre... »... L’appui des chars permet aux fantassins de décrocher en « limitant la casse ».

 

 

Mais à l’issue de ce combat, il perd un de ses chefs de peloton, le Maréchal-des logis chef GUNTZ, dont le char est touché de plein fouet par un obus de mortier de 120 mm. Le Capitaine lui rend un dernier hommage avec les quelques hommes du peloton, dans la boue et sous une pluie d’orage.

 

 

 

Le Capitaine HERVOUËT coordonne l’action des chars et de l’infanterie.

 

Ce type d’engagements va se multiplier : les chars sont très sollicités, ils sont partout : le 25, à BAN-KHO-LAI, le 26 avec le B.E.P. pour dégager le PA Huguette,- dans l’action, il se blesse la main gauche, on lui plâtre l’avant-bras - le 28 à BAN-ONG-PET en liaison avec BIGEARD et ses paras du 6ème Bataillon de parachutistes coloniaux...

 
 
 

A la radio.

 

Dans tous ces combats, Yves HERVOUËT impressionne tant ses subordonnés que ses chefs et les unités qu’il appuie, par sa sérénité, son calme, son énergie. Il est au plus près de ses hommes, vient donner ses ordres à la voix avant l’action ; pendant l’action, il est en permanence présent sur le réseau radio, toujours prêt à intervenir pour anticiper, coordonner, réagir à bon escient ; à l’issue de l’engagement, il se déplace jusque sur les positions de bivouac des pelotons pour aller rassurer ses hommes, les réconforter, les encourager.

Le 31 mars, le départ d’un coup de canon lui écrase le bras dans sa tourelle. La blessure est grave. Il refuse le rapatriement sanitaire à HANOI et poursuit son commandement avec les deux bras plâtrés.

L’agonie de DIEN-BIEN-PHU se poursuit et les Vites gagnent peu à peu du terrain, resserrant leur étau malgré la résistance farouche de ses défenseurs.

HERVOUËT, très handicapé par ses blessures, fait preuve d’un courage impressionnant ; il commande. Les pertes de l’escadron sont de plus en plus lourdes mais les chars sont toujours là, omniprésents, aux côtés des héros, jusqu’aux derniers jours de la résistance.

Dans son livre « des chars et des hommes », le Général André MENGELLE évoque l’ensemble de la bataille menée par l’escadron. À l’époque sous-lieutenant, il est volontaire pour être parachuté sur DIEN-BIEN-PHU et rejoint l’escadron le 2 avril ; à peine posé, il se porte vers le PC du GAP et découvre son nouveau capitaine qu’il ne connaît pas ; il écrit qu’il « est agréablement frappé par la chaleur du regard et du sourire de l’homme qui s’avance. Il n’oubliera jamais la cordialité de ce premier contact avec le Capitaine HERVOUËT, à partir de cet instant son chef. »

 

 

Assaut d’une tranchée sous l’appui feu d’un char.

 

La bataille continue. HERVOUËT, malgré ses deux bras plâtrés, mène l’action de ses pelotons avec une efficacité remarquable, proposant à LANGLAIS des interventions de ses chars qui permettent des réactions offensives, en appuyant les fantassins au plus près, avec un courage inouï de la part des équipages mais au prix de lourdes pertes.

 

 

Tranchée conquise ; les chars se dirigent vers le deuxième objectif.

 

Plus tard, le 15 juin 1954, le Lieutenant-colonel AUDEMARD d’ALANCON, commandant le 1er Régiment de chasseurs écrit : « Désigné au début de janvier pour commander l’escadron de chars de DIEN-BIEN-PHU, il s’est aussitôt imposé à son unité qu’il a parfaitement instruite pour l’adapter aux fonctions du combat si spécial mené là-bas. Il en a tiré le rendement maximum et n’a mérité que des éloges pour l’efficacité de son action. A eu droit à la plus belle récompense, celle du remerciement des chefs d’infanterie dont il a souvent sauvé les unités de la destruction. Extrêmement brillant, le Capitaine HERVOUËT est un chef de grande classe... »

Malgré le courage et l’audace de ces héros, DIEN-BIEN-PHU tombe le 7 mai à 17 heures, écrasé par le nombre.

Commence alors le long calvaire des prisonniers. Les Viets acceptent l’évacuation par hélicoptère des blessés les plus graves mais refuse celle du Capitaine HERVOUËT, bien conscients des responsabilités qu’il a eues pendant la bataille. Celui-ci s’est décidé à enlever le plâtre de son bras droit, trop gorgé d’humidité pour être encore utile. Il part avec un convoi à pied. Il marche en tenue légère, short, chemisette, chaussures de basket, coiffé de son béret gurkha. Dès la fin de la première étape, il est fatigué mais son moral tient. Il parvient même à

porter le brancard d’un jeune camarade et fait l’admiration de tous en portant le plus longtemps le malade. Mais peu à peu, la dysenterie le gagne. Il marche en tête de colonne, en s’appuyant sur un bâton de bambou. Il s’affaiblit de plus en plus. Ses camarades l’aident. Les infirmiers Vietminh lui refusent les médicaments : « HERVOUËT capitaine, prisonnier, moyen marcher... » Le commissaire politique annonce une hospitalisation qui ne viendra jamais...Yves HERVOUËT marche, courbé en avant, avançant avec hésitation, ses jambes nues gluantes de sang. Il n’est déjà plus qu’une volonté. Il est maintenant brancardé par ses camarades, eux-mêmes épuisés. Il souffre beaucoup.

Il meurt le 10 juillet à 17 heures. « Entouré de quelques-uns des meilleurs combattants de DIEN- BIEN-PHU, le capitaine HERVOUËT a des obsèques de preux ». (Général MENGELLE)

Telle fut la vie de ce héros.

Le Capitaine Yves HERVOUËT fut cinq fois blessé : en 1944, en 1951, trois fois en 1954 à DIEN-BIEN-PHU.

Pendant la seconde guerre mondiale, il reçut deux citations à l’ordre de l’Armée (en 1944 et 1947), une citation à l’ordre du Corps d’armée (en 1945) et une citation à l’ordre de la Division (en 1944). Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre « 39-45 » avec deux palmes, une étoile de vermeil et une étoile d’argent.

Pendant la guerre d’Indochine, il reçut une citation à l’ordre de l’Armée (en 1954) et une citation à l’ordre de la Division (en 1951). Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre des « T.O.E. » avec une palme et une étoile d’argent.

Il est officier de la Légion d’honneur, décoré de la médaille des évadés et de la médaille des blessés.

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« ...Dans l’ordre spirituel et moral, il n’y a jamais de sacrifices inutiles. On est toujours payé par un regain de foi et d’énergie et ceux qui sont tombés en Indochine ont été le test le plus précieux pour la France et son Armée des qualités éternelles de la race et de sa prédestination... » Alphonse JUIN, Maréchal de France, octobre 1954.

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Général de division (2S) Yves LAFONTAINE

Promotion Maréchal Juin